Ecrire vs Dialoguer
Par Niklaus Vonderflu le quotidien du... mardi, 31 juillet 2007, 00:53 - Pensées - Lien permanent
photo : idaresay
Thème : A quoi bon écrire lorsqu'on peut dialoguer, à quoi bon dialoguer quand on peut écrire, à quoi bon devoir choisir ?
Il y a des moments où un doute radical s'immisce dans l'activité symbolique de création de signes et plus particulièrement dans l'écriture et le dialogue : Je soupçonne tout le monde de connaître ou d'avoir connu cette tension existant entre la volonté de dire quelque chose et la volonté d'être entendu.
Alain, dans Eléments de philosophie (que je vous conseille vivement, d'autant plus qu'il progresse par courts chapitres qu'il est aisé de lire en ligne, même si le début n'est pas très excitant, je vous l'accorde, mais pouvant facilement être éludé pour passer à la partie concernant la connaissance discursive, puis les passions etc.) insiste sur l'importance décisive de la rencontre de soi, à travers le dialogue intérieur et l'écriture, qui est à proprement parler la conscience. . Il omet pourtant, au point en j'en suis dans ma lecture, de mentionner le cas particulier de Socrate, fervent dialogueur, au profit de ce Platon pour qui il ne tarit jamais d'éloges par ailleurs fort spirituelles pour autant que je puisse en juger.
En effet de ce Socrate on ne sait que ce qu'on a bien voulu écrire à son sujet, car ce vieux Sage (fou?) n'a pas daigné laisser de traces écrites de son activité. Quelle était donc cette activité ? N'étant de loin pas un spécialiste en la matière, je me permet de vous brosser le portrait idéal d'un homme étrange qui a su se faire remarquer par la radicalité de tout son être : Tout d'abord on le disait laid, propriété que je pense souvent partager, mais que mes proches ne me confirment pas. En ce sens il offre à celui qui se l'imagine, une sorte d'expérience de pensée, ou mieux, une hypothèse à mettre "à son propre compte". Imaginez vous donc tel que vous êtes, c'est à dire laid. Soyez-le et écoutez la suite.
Socrate est décrit, par Platon en tous les cas, comme restant souvent à l'écart pour méditer en chemin, lui qui malgré son stoïcisme, n'hésitait pas à aller partager un banquet pour faire l'éloge d'Eros, même si l'on sait aussi que malgré la boisson celui-ci parvenait toujours à rester sobre, sinon à mourir lorsque celle-ci était du poison. Il était donc de ceux qui avaient ce dialogue avec eux-mêmes. Mais non pas cette simple attention passagère des évènements mentaux, mais plutôt, en tous les cas c'est ainsi que je me l'imagine, cette méditation pré-cartésienne, qui comme un mathématicien cherche à arrêter les représentations pour en déceler les conditions d'apparition, chemin à rebours qui caractérise si bien la philosophie.
Puis une fois arrivé en un lieu de convivialité ou de débat, il aimait à vérifier ses cheminements en faisant approuver par question-réponse les étapes d'un raisonnement qu'il devait certainement avoir déjà mené lui-même dans des termes tellement proches de ceux de son interlocuteur que sa méthodologie de pensée pouvait facilement mener son compagnon d'esprit jusqu'au terme inaccompli de ses réflexions.
Ce qui est à noter surtout, c'est qu'il n'hésitait pas à travailler les plus compétents pour les mettre en défaut et même à leur faire perdre la face, car lui de son côté n'avait rien à perdre, attitude qui caractérise à nouveau le philosophe : Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien; et ce que je saurais, nous le sauront ensemble si tu le veux bien, pourrions-nous ajouter.
Pourquoi Alain, omet-il de parler de ce type de rapport avec l'autre, qui n'est pas directement moi. Pourquoi n'insiste-t-il pas sur la radicale différence que peut proposer un interlocuteur autre que soi. Certes, il faut lire pour commencer à parler avec soi, car les mots des autres deviennent comme des poèmes que l'on aime à se réciter pour trouver en soi quelque chose de stable à partir de quoi l'on peut douter, donc penser; mais pourquoi ne mentionne-t-on jamais assez en philosophie ce que l'on pourrait appeler la rencontre. c'est à dire le radicalement neuf ?
Avant d'un jour pouvoir parler avec soin de ce problème, j'aimerais bifurquer pour aller là où mon thème voulait me mener, car sur un blog, on aime la contrainte du court.
Pourquoi donc écrire lorsque l'on peut dialoguer ? Quelles aventures cherche-t-on qu'on ne peut facilement trouver en osant un peu avec son corps ? D'accord, il y a des cas particulier comme les prisonniers qui nous informent justement sur ce que le peuple avec bon sens sans doute nomme "privation de liberté".
Qui y'a-t-il dans l'écriture de si nécessaire qu'un homme un tant soit peu lettré doit mener avec un minimum d'assiduité pour atteindre ce à quoi on dit qu'il devrait aspirer ? Il est vrai, qu'à se relire, on aime à se reconnaître pensant. Mais, c'est bien dans l'écriture même qu'il se passe quelque chose qu'on croit essentiel. Est-ce la méditation. Je n'en suis pas sûr, même pour l'écriture qui se veut philosophique. Mais qu'est-ce alors.
Je dirais pour faire court, que c'est une sorte de mélodie que l'on essaie de mener à son terme. Peut-importe la vérité ou la fausseté de ce que l'on écrit. Ce qui compte, c'est que cela nous mène d'un point à un autre, qui peut d'ailleurs être le point de départ. Le sens semble bien être quelque chose que l'on fait plutôt qu'une chose à saisir. Ou autrement dit, saisir c'est déjà faire.
En est-il autrement dans le dialogue, ou plus généralement dans une rencontre. Nullement; il semble même qu'il soit plus évident que le sens soit ici une chose à faire. Ensemble ? Ce n'est pas sûr. Ainsi l'autre ne peut être qu'un prétexte à la création d'un sens propre. Mais il semble bien que l'on puisse se réjouir d'un sens fabriqué en commun, ou à défaut, chacun de son côté.
Alors que choisir, Socrate ou Platon ?
On soulève ici la question de ce que l'on sait mieux faire, autant que la question de ce que l'on devrait apprendre à faire. Car la rencontre improbable a ceci de paradigmatique qu'elle incite à faire, ce qui ne semble pas toujours le cas de l'écriture, qui peut s'abandonner à ses habitudes et ses satisfactions toutes distractionnelles.

Commentaires
l'écriture est un long dialogue avec soi même ...le met en scène Nathalie Sarraute dans l'incipit de Enfance...
on écrit pour accoucher de soi même sans douleurs - ceci n'est qu'une hypothèse...
fabriquer du sens en commun c'est peut-être proche du lien de l'amitié... je suspends...
Existerait-il une péridurale de l'écriture ? Dans quels cas accouche-t-on de soi-même avec douleur ? A mon sens, si cette métaphore tient, c'est bien parce que l'on est "gros" de quelque chose, et qu'on se met en situation de respirer d'une certaine façon, respiration des pensées, gymnastique pneumatique conduite avec conscience. La métaphore tient encore lorsque l'on remarque que le texte respire d'une façon analogue à son accoucheur. Serait-ce là le signe de l'indolore processus ?
Je crois toutefois, ou du moins je l'espère, qu'il y a des accouchements douloureux, qui peut-être sont le signe que quelque chose de nouveau c'est passé, qu'il n'y a pas seulement eu projection, mais création. Certes cette douleur n'a sans doute rien de commun avec une rage de dents dans ces causes. Mais elle entraîne certainement des effets similaires : accélération de la respiration, contraction de certains muscles, attention toute particulière à une source.
Mais peut-être suis-je de ces maudits, qui veulent croire absolument en la nécessité de la douleur. Peut-être en effet qu'au contraire de ce que je conjecture, le "véritable" accouchement de soi se fait dans un absolu glissé stylé, avec un naturel tout "abstrait"... Peut-être qu'en effet, la douleur n'est-elle le signe que du forçage, d'un plaisir trop violent et donc d'une déformation de soi, pour autant que ce soi soit rigide.
J'ai peur que les métaphores ne tienent pas l'objet ou le sujet d'assez prêt. Il est vrai que toute mise en mot cherche à cerner le singulier par des termes généraux et qu'en cela elle manque inévitablement son objet, sauf si tout objet n'est justement qu'un abstrait.
Les fils de ce noeud sont difficiles à défaire afin de guider l'action, car seul elle compte; j'aimeà le croire. Mais cette dernière à pour elle le fait qu'elle n'attend pas et que quoi qu'on en juge ou préjuge elle se fera. Mais qu'il serait bon de de trouver en soi la parfaite sage-femme, comme Socrate l'était pour ses partenaire de dialogue. Mais non sans douleur à ce que l'on peut en juger dans le Gorgias ou le Protagoras par exemple.
Oui sans doute; mais là encore l'interprétation dérape : je pense à des musiciens jouant ensemble la même musique chacun avec son instrument. Que nomme-t-on dans ce cas la le sens ? l'effet produit sur le public, les publics ? La musique elle-même ? La façon dont chacun des musicien perçoit sa participation au tout ? Peut-être la musique n'offre-t-elle pas d'analogie assez serrée, car qui peut affirmer que la musique a un sens.
Avant d'en chercher une autre ou de vous laissez m'en proposer, je crois qu'il me faudrait analyser plus avant ce que l'on entend par "sens". Il me semble qu'il y a une certaine importance à cerner ce sujet d'assez près pour pouvoir en dire quelque chose de sensé... Mais que veut-on dans le fond ? Saloperie de langage !
je suis d'accord avec celui qui dit que le douleur pousser a la recherche de soi dans un monde qui balance de gaucha a droite ou le contraire mais a celui qui sait vivre mieux cette etat d'ame qui est penser sauf celui la aboutira a un constat juste et durable