Face à l'étrange, il y a sans doute deux attitudes possibles : soit on cherche à expliquer, ce qui revient à ramener l'inconnu au connu, avec le risque de choisir des constantes et des variables qui n'en sont pas; soit choisir de laisser plus de place au mystère et tenter de se rendre plus grand de cet autre.

Quel est dans ce second cas le principe unifiant ? Y'en a-t-il seulement un ?

Il se pourrait bien qu'à vouloir se rendre plus grand, sans en même temps chercher à se faire plus petit, on frise l'émiplégie. Garder la partie nouvelle ou impropre vivante, c'est reconnaître qu'elle est animée de la même vie que la partie propre. C'est donc renoncer à expliquer, comme il a été dit, les règles du jeu de l'autre, mais non pas par peur de la projection, mais par connaissance lucide de notre propre jeu. C'est d'abord reconnaître que notre propre jeu ne connais pas toutes ses règles, pour la bonne raison que le jeu est ouvert à de nouvelles règles et que la façon dont celles-ci peuvent être édictée, n'est pas prévisible, parce que relevant de l'idée, de l'invention.

Ainsi il faut se faire petit, autrement dit, essayer d'être lucide sur sa propre carence en rationnalité, manque qui est signe de vie. Manque que l'on retrouve chez l'autre et qui permet par principe de trouver l'unité.

Fragment 2: Aussi faut-il suivre le (logos) commun ; mais quoiqu’il soit commun à tous, la plupart vivent comme s’ils avaient une intelligence à eux

Fragment 51: Ils ne comprennent pas comment ce qui lutte avec soi-même peut s’accorder. L’harmonie du monde est par tensions opposées, comme pour la lyre et pour l’arc.

Héraclite d'Éphèse
fragments complets d'Héraclite d'Ephèse