De l'acte à la pensée...
Par Niklaus Vonderflu le quotidien du... mardi, 21 août 2007, 00:29 - Journal - Lien permanent
photo : ° ° ° WASABIdesign
Ressources : Giuseppe Longo, Laplace, Turing et la géométrie impossible du "jeu de l'imitation", PDF
Lausanne, Lundi soir.
Installé au J. , j'ai sorti des étagères de livres un ouvrage nommé De l'acte à la pensée d'un dénommé Wallon. J'hésite à en lire l'introduction bien que le quatrième de couverture m'invite à comprendre qu'il s'agira de l'opposition entre ceux qui considèrent qu'au commencement était le verbe et ceux qui estiment que c'était l'action, ouvrage non de philosophie mais de psychologie bien que la frontière entre ces deux champs d'activité ne me soit guère familière.
Il est vrai qu'entre théorie de l'âme et théorie du tout ou de l'être, il y a plus qu'un mot; peut-être la même différence qu'il y a entre la partie et le tout, la science et le sens, le technique et le lucide.
J'hésite car je vois à nouveau poindre cette interrogation que ma suggéré mon sentiment à la lecture d'un article de Giuseppe Longo (voir ressources en début d'article) portant sur la fameuse expérience de pensée proposée par Alan Turing, consistant à se demander quelle question permettrait de démasquer à coup sûr un ordinateur imitant un homme qui communiquerait avec vous par l'intermédiaire d'un écran par exemple.
Ce sentiment pourrait donc se formuler ainsi: " Est-ce si important pour moi de saisir toutes les distinctions en jeu dans ce problème ? " - et dans le fond : " Qu'est-ce qui m'importe aujourd'hui ?"
Ainsi, ce nouvel ouvrage m'importe-t-il ? Vais-je le voler pour le laisser entassé dans les "à-lire" de ma bibliothèque ou restera-t-il a jamais perdu dans ce rayonnage sombre que sans doute personne ne consulte, ou bien alors en ferais-je l'un des pieds de mes futures mais à mes yeux, néanmoins importantes réflexions ?
Entre-temps mon troisième déci. de petite arvine se termine et je dois songer soit à rentrer, soit à aller danser seul au sous-sol d'un bar voisin.
Il y a donc le maintenant et il y a les projets qui parfois imposent au maintenant que l'on s'en occupe. Quels sont mes projets ?
1. Enregistrer une fois pour toutes la musique que j'ai composée depuis presque dix ans.
2. Entreprendre l'écriture d'un texte-livre abordant au plus près de mes possibilités et de ma sincérité certaines questions existentielles encore mal formulées.
3. Recommencer à dessiner et à peindre afin de voir ce que ma main m'apprendra sur mon âme.
4. Cultiver les mouvements de mon corps par quelque discipline sportive.
A les trier, je dirais 1,3,2... Je soupçonne toutefois 4. d'être un préliminaire non subsidiaire à tout recommencement ou continuation de moi, proche d'une partie de mon enfance ,que j'ai laissé en stand-bye depuis trop longtemps.
Je laisse donc à plus tard le reste de mes questions, car pour l'instant, ce n'est plus que cette merveilleuse Bossa-Nova étouffée par le brouhaha d'une jeunesse que j'essaie de ne pas exécrer qui envahi mon sentiment,
P.-S. J'embarque le livre.

Commentaires
Si l'on peut concevoir la différence entre la partie et le tout, voire entre la science et le sens (quoique...) que peut signifier l'opposition entre "la technique et le lucide"? Ces catégories s'opposent-elles seulement?
Par ailleurs, que doit penser le lecteur d'un auteur (jeune?...) qui parle du "brouhaha d'une jeunesse qu'il essaie de ne pas exécrer"? La misanthropie est-elle bonne conseillère? Peut-on être philosophe quand on méprise son "alter ego" (l'humain aussi proche de soi qu'il en diffère)?
Avant de commencer à vous répondre, je vous remercie de mettre vos bâtons dans mes émotions. Ils m'obligent à préciser ce qui a sans doute été posé trop vite par ma main, montrant en cela qu'elle a sans doute plus parlé qu'écrit. Pour me dédouaner un peu, je précise que ce texte a été publié dans la catégorie "journal", qui se veut un peu plus libre que la catégorie "pensées", en ce que je me permets d'y noter des intuitions ou des sentiments plus passagers que convaincus. Néanmoins, je me dois tout de même d'y revenir comme on revient sur un dessin pour s'y voir chercher.
Je me soupçonne d'avoir mis la psychologie du côté de la technique, parce que je lui suppose un pouvoir que n'a pas la philosophie. Quel est donc ce pouvoir ? A connaitre les ressorts de l'âme on peut comme un médecin qui connait ceux du corps, l'empoisonner ou au contraire la délivrer d'un certain mal. Je pense par exemple à cette fameuse expérience de Milgram mettant en scène un faux-scientifique demandant à un vrai cobaye d'envoyer des décharges électriques à un faux cobaye dans le cadre d'une d'une fausse expérience d'apprentissage ayant pour but en réalité de mesurer à quel point quelqu'un peut faire du mal à quelqu'un d'autre sous la condition qu'on lui en retire la responsabilité. Cette expérience a en effet montré que dans ces conditions une proportion effrayante de gens étaient prêts à envoyer des décharges mortelles au faux cobaye.
Profitant de cette technique psychologique, on peut donc faire du mal. Et je suppose que les thérapies de groupe sont des techniques psychologiques qui ont pour but de faire du bien.
Qu'en est il de la philosophie ? Est-elle un science ? Et si elle en est une, peut-elle s'appliquer comme le peut la psychologie ?
Je ne suis pas sûr que la philosophie (en tous les cas telle que je l'entends ou l'idéalise) soit un domaine ou l'on peut opérer le même type de vérification qu'en psychologie, autrement dit, trouver des contre exemples pour ruiner telle ou telle hypothèse. Il est vrai que les philosophes défendent apparemment des thèses, défenses dont on peu démontrer en quelques cas qu'elles ne sont pas logiques et c'est bien la voie empruntée me semble-t-il par la philosophie dite anglo-saxone (ou scientifique) ou en tous les cas par des personnes comme Russell ou Quine. Toutefois, il me semble que l'essence du "philosopher" soit différente de l'essence de la science. Il me semble qu'il y a dans l'entreprise du philosophe quelque chose qui relève non pas de la déduction de phrases vraies, mais de la créations de concepts (comme ici la "technique" et le "lucide", le "sens" et la "science") qui permettent de produire "véritablement" des phrases dont le sens n'est pas limité à la seule signification de leurs parties (ce qui est à proprement parlé, me semble-t-il, le point de vue du logique et donc du vrai et du faux), mais qui s'étend à l'interprétation même de cette production en contexte. C'est un peu ce que je voulais signifier en parlant tout à l'heure de ce que peux penser un dessinateur qui s'observe pendant qu'il dessine ou contemple cs dessins ou encore d'un musicien qui s'observe pendant qu'il fait de la musique ou quand il la réécoute. Je crois qu'il y a dans cette fabrication de signes-indices qui ont leur logique propre (qui soit dit en passant sont tout de même soumis en partie à la logique du langage courant, en tous les cas pour la philosophie) une clef possible vers la "lucidité", c'est à dire un rapport sans doute indirect mais concret à notre relation au monde. Il me semble qu'en poursuivant le jeu efficace de la science en vue de la technique, on perd une bonne partie de ce sens là. Je ne doute pas pourtant que qu'on puisse faire de la science avec un esprit similaire à celle d'un musicien ou d'un philosophe, mais j'ai l'impression que les objets des sciences, par leur objectivité justement, nous inclinent à nous penser au pouvoir de quelque chose, réduisant ainsi la relation à 3 [signe-objet-interprétant] à une relation binaire [signe-objet].
J'ai conscience de n'être pas très clair encore dans la logique de ces distinctions, mais il me semble que je tente sincèrement de leur donner un peu de vie.
"Ce que doit penser un lecteur" n'est pas à strictement parler de mon ressort. Néanmoins, je saisis je crois ce que vous voulez me faire apercevoir. En effet, je suis encore jeune (j'ai 31 ans), mais en parlant ainsi de la jeunesse, je ne parlais pas de chaque jeune pris individuellement. Je suis enseignant et doit donc en un sens aimer ces jeunes. Je parlais, je crois, des phénomènes de troupeau propres aux jeunes (qui existent aussi pour bien d'autres tranches d'âge), phénomènes qui les font se rassembler par exemple dans des discothèques ou lieux similaires ou il est nécessaire de se hurler dans les oreilles pour s'entendre pendant qu'à prix fort on déguste des boissons en se regardant danser individuellement. Je pense aussi à cette toute puissance de l'apparence (mode) qui qui permet l'identification facile. Il est clair que parlant ainsi, je m'inclus en partie dans ces mouvements et prend acte d'une certaine médisance envers moi-même. Mais je crois qu'on ne peut progresser sans critique.
Certes, Il y a peut-être du nécessaire dans ces manifestations de la jeunesse : une étape dans le développement de la personnalité. Mais que ces étapes passent par l'utilisation de la Bossa Nova comme musique de fond, me semble être un élément critiquable, ou en tous les cas remarquables. Bien sûr que je préfère en rire, car tout ça ne dépend pas de moi, comme dit l'adage stoïcien, car il dépend de moi aussi de ne pas me rendre dans de tels endroits. Mais le stoïcien s'entraine aussi en quelque sorte à avaler des cailloux, pour mieux pouvoir résister à la violence du réel qu'il ne peut éviter. Et étant prof, je dois affronter ce réel quotidiennement.
Par conséquent, je ne crois pas mépriser mon alter ego à qui je suis redevable de ses différences. Mais n'est-il pas possible aussi de voir qu'il faut d'abord que ces différences irritent, pour pouvoir apprendre à les surmonter ?
Merci en tous les cas de me donner l'occasion de le tenter.