Auto-critique : Cynisme
Par Niklaus Vonderflu le quotidien du... dimanche, 26 août 2007, 23:28 - Pensées - Lien permanent
photo : Jon.-
Ressources : Manuel d'Epictète
Ma façon de rédiger des textes sur un blog, dépend d'une certaine urgence, un certain tempo diraient d'autres, qui fait qu'on passe volontiers sur des difficultés, et peut-être des non-sens, non clarifiés, tout emporté que l'on est, comme dans une conversation, par une intuition ou ce qui apparaît comme un besoin.
Je veux donc essayer ici de revenir sur ce que j'ai écrit et formuler, aussi bien que ma sincérité me le permette, quelques critiques et commentaires:
article Cynisme :
Cet article questionne le pragmatisme en rapport avec le cynisme et la croyance. J'y parle d'une évidence dont je n'arrive pas à mesurer la portée, et je suppose alors que c'est parce que je n'en mesure pas la portée, qu'il y a cynisme.
Mais qui est cynique et qu'est-ce qui est cynique ?
Reprenons le raisonnement :
Il est évident, dis-je, que tout le monde ne peut pas occuper les fonctions de décideurs. Je sens que cette évidence entre en conflit, si ce n'est en contradiction avec la croyance selon laquelle : Avec de la volonté, on peut s'en sortir !, parce que cette croyance suppose que tout ceux qui ont de la volonté vont s'en sortir ! Il me semble en effet que le "peut" n'est que de forme. J'estime qu'on peut alors rétorquer que la façon dont fonctionnent nos sociétés impose, si la croyance est vraie, que tout le monde ne peut pas avoir de la volonté en même temps, sauf si l'objet de cette volonté correspond exactement au besoins de la société. Autrement dit, il ne faut vouloir que ce qui est possible. Mais il y a fort à croire que ce qui est possible dépend de ce chacun veut, ou plus précisément, ce qui est possible dépend de ce chacun fait. Comment serait-il alors possible de vouloir quelque chose qui dépende d'un nombre d'interaction d'actions aussi important ? Il me semble que la seule solution consiste, comme Epictète le préconise, de ne vouloir que ce qui dépend de soi; c'est à dire non pas, notre corps, un objet ou une fonction, mais seulement nos oeuvres propres[1]. c'est à dire "l'opinion, la tendence, le désir [et] l'aversion".
Chez les stoïciens, la volonté ne peut porter en un mot que sur nos représentations qu'il s'agit en quelque sorte de dresser par un apprentissage relativement fastidieux, de sorte à ne pas connaître d'"entraves" et d'"afflictions". Ici je dis "fastidieux" d'un point de vue statistique, mais peut-être qu'en droit, dès qu'on use parfaitement de sa liberté, on est sage. Peut-être donc y'a-t-il des sages occasionnels, dressés par l'habitude à avoir l'opinion adéquate à un certain type de situation, mais pas à d'autres. On serait ainsi absolument sage, si l'on avait dressé en soi une typologie complète des situations que l'on pourrait rencontrer et leurs opinions associées, qu'ont pourrait en quelque sorte convoquer à chaque instant ou déduire d'un instant vers l'autre, comme un grand raisonnement parallèle au évènements.
Ne voulant pas tout de suite discuter de ce que veut dire "sage", car me satisfaisant de l'argument selon lequel, statistiquement "vouloir uniquement ce qui dépend de soi" se solde souvent par un premier échec, dont il faudrait encore discuter des causes, je me permets de conclure qu'une personne pragmatique voit dans la croyance en la toute puissance de la volonté, certes peut-être un principe moral qui a le droit de citer, mais surtout un déni flagrant d'objectivité.
C'est cette objectivité statistique auquel je souhaiterais donner le nom de pragmatisme, au moins en un sens de ce terme. Quel est ici le rapport avec le cynisme ? Pour m'aider à avancer, je donnerais un exemple de comportement cynique : à la lecture de ce qui précède un cynique pourrait dire : "Comme tout est clair", voulant implicitement dire par là qu'au contraire, il manque encore bien des éléments à mon raisonnement, notamment une véritable analyse de la liberté qu'implique la sagesse qui pourrait peut-être rendre infantile le passage par l'argument statistique. Le cynique est donc impudique ou impoli, au sens où il désigne en creux les insuffisances d'une situation, sans lui-même prétendre pouvoir y remédier, ce qui confère à son attitude un caractère "déplacé", impliqué par l'expression maladroite d'une connaissance discutable, en ce qu'elle n'est positive que possiblement ou conjecturalement.
Face à la croyance qui m'occupe, le cynique pourrait donc dire :"Oh oui la volonté est toute puissante" ce qui voudrait dire : "démontre-moi que l'on peut toujours s'en sortir par la volonté". On pourrait donc le prendre pour un pragmatique. Mais on a aussi vu ce qu'il pouvait répondre au pragmatique. Le cynique est donc fondamentalement insatisfait, flairant la supercherie dans tout bon sens trop "épais", parce que (trop?) sensible à tous les manques, à tous les possibles.
Je laisse ouvert à une prochaine analyse, la question de savoir parmi les croyances du moraliste, du pragmatique et du cynique, laquelle suppose le plus?
Notes
[1] traduction Emile Bréhier, Les Stoïcien II, tel galimard, p.1111

Commentaires
.je vais relire ça me passionne - on m'accuse de pragmatisme -
.la sagesse comme prescription liée à une situation donnée - je me suis aussi penchée là dessus
.mais bon sang suis-je cynique ou pas ?
. merci NV
Faramine,
Après reflexion et relecture il me semble qu'il y a bien des obstacles sur le chemin de la sagesse et de sa définition ou description:ferait sans doute naître des mirielles de prescriptions tant on peut imaginer qu'il y ait de situations; sauf si peut-être une partie de la sagesse consiste à parvenir à se mettre dans un nombre de situations finies, ce qui cadre mal avec l'idée des choses "ne dépendant pas de nous", ou alors de supposer que les situations en question ne sont pas tant des évènements extérieurs, mais des types d'opinions personnelles (de représentations) comme je suppose que les stoïciens l'entendent (voir le texte italique ci-dessous), supposant du coup qu'elles sont en nombre peu important du fait de leur généralité (caractère propre des idées).
Reste ensuite le problème de la sagesse partielle ou totale, dépendant du nombre de situations auxquelles on trouve et applique une prescritpion : mais y'a-t-il seulement eu un jour un homme totalement sage ?
Je me souviens que le prof de philo qui nous avait parlé des Stoïciens (Patrice Loraux, dont le lien figure aussi en début de l'article) insistait sur le devenir Sage, qui est tout tendence (voir texte souligné ci-dessous).
Manuel d'Epictète II, traduction Emile Bréhier, souligné par moi-même.
"en tout cas dans le désir comme dans le refus sois réservé retenu raisonnable "
voilà comment se termine ce passage dans la traduction que j'ai ou alors
http://abu.cnam.fr/cgi-bin/go?pense...
Ah !si -en plus- les traducteurs s'emmêlent!
Je ne retrouve pas "votre" citation dans le texte disponible sur abu-cnam.
Dans cette traduction le passage cité dans mon dernier commentaire se termine ainsi:
source : paragragraphe numéroté VII (II chez Bréhier) de la traduction de DacierEn effet les différences de traduction sont importantes. Le problème que je vois concernant le terme de "recherche", c'est qu'il nous fait tomber dans le paradoxe Socratique (platonicien devrait-on dire) de la vérité: Si tu recherches la vérité et que tu ne sais pas ce qu'elle est, alors comment la reconnaîtras-tu lorsque tu la trouveras? Et sa Solution Socratique: C'est en se souvenant de la vérité, que l'on a déjà aperçue alors que notre âme n'était pas liée à notre corps, que nous la reconnaissons lorsque nous la trouvons.
Certes chez les Stoïciens ce qu'il s'agit de rechercher ce n'est peut-être pas tant la vérité, mais les choses qui sont en notre pouvoir et qu'il est bon/beau de désirer (Dacier/Bréhier).
Mais il ne faut d'abord pas les désirer, mais les rechercher ou y tendre, nous dit-on. Il faut donc rechercher ou tendre sans désir. Voilà qui est intéressant. La recherche de la sagesse ou (philosophie) est donc une recherche désintéressée, désintéressée de posséder la sagesse elle-même. La sagesse n'étant sans doute pas quelque chose qu'on peut-posséder sous peine de ne jamais être sage. "être sage" n'est donc pas une propriété, au sens ou on dit qu'un individu possède une certaine propriété, par exemple celle d'être blond, une femme, mesurer 1m65 etc...