Peut-on limiter la reproduction et la diffusion numérique de l'information soumise à des droits?

En ce qui concerne les textes, je ne vois pas comment, au pire des cas, empêcher la diffusion d'une simple compilation de copies d'écran du texte acheté, peu importe la technique ayant été utilisée pour faire qu'un seul utilisateur puisse lire le texte dans son format original.

En ce qui concerne la musique, le principe est le même : comment empêcher l'enregistrement du son produit par l'ordinateur et recodé dans un format qui ne soit pas soumis à des limitations de copies ?

  • Un organisme pourrait-il contrôler la transmission de ces copies illégales ?

Au prix seulement d'un contrôle absolu de toutes les informations échangées via internet, contrôle qui devra garantir l'accès toujours aussi rapide aux informations légales si l'on veut garder les avantages de la toile. Pour le détail, cette énorme usine à gaz devrait alors être capable de prendre le temps de déchiffrer n'importe quel cryptage d'information, autrement dit essayer de décrypter même les messages aussi anodins que "passe au supermarché pour acheter une boite de petit pois" susceptible d'encoder un message illégal, comme une clé permettant de décrypter un fichier .mp3 ou .jpg encrypté dans un format différent. Bref, bye bye internet ou bye bye les libertés individuelles. C'est cher payé pour rémunérer des auteurs.

Pourrait-on comme le prévoit l'idée de la licence globale, prélever un taxe sur la connexion à internet ?

Peut-être, mais vient alors la question de savoir comment le produit de cette taxe sera réparti entre les différents artistes : selon des votes, selon les téléchargements, selon le nombre de livres et de de disques vendu dans le marché standard, ou selon un critère relevant de tous ces indices à la fois. Et pourquoi ceux qui ne téléchargent rien qui soit soumis à des droits d'auteur devraient-ils payer pour ceux qui le font ?

Malgré ses grands défauts (voir le lien ci-dessus) cette idée semble être la seule qui puisse garantir un revenu à tous les auteurs et participants liés à la création et à la diffusion d'une œuvre. Mais doit-on penser que la meilleure solution est toujours la moins pire des solutions et surtout s'imposera-t-elle en tant que telle? Rein n'est moins sûr.

Il est évident qu'une taxe sur les supports ne permet pas de rémunérer plus équitablement les auteurs.

Doit-on retourner à une forme de mécénat ?

Des sites comme Jamendo font ce pari. Il consiste à penser que suffisamment de personnes seront susceptibles de donner volontairement de l'argent sous forme de dons à des auteurs qu'ils apprécient, pour financer leur travail d'artiste.

Conclusion

Dans tous les cas, le changement du support de l'information change le rapport à l'information elle-même et à son créateur. En effet un des grands absents de notre discussion est le cinéaste et l'énorme machinerie qu'il doit mettre en œuvre pour créer une pure illusion. Tout dans le cinéma est support, au contraire du musicien qui peux jouer devant un public contre rémunération et de l'écrivain qui au pire peut scander son texte en public également. Le cinéma n'est pas le théâtre. Il vit purement et simplement de la copie.

Il y a fort à parier qu'à terme c'est bien le spectacle vivant qui reprendra le devant de la scène laissant à sa copie (son enregistré ou texte imprimé) le rôle de support publicitaire. Mais que se passera-t-il avec l'art majeur du XXème siècle ? Il dépendra, on peut le croire, de la plus-value émotionnelle ou artistique qu'apporte et que pourra apporter le visionnage d'un film dans une salle (ou lieu) de cinéma. Quant à la licence globale, il y a fort à parier que comme la redevance télévisuelle elle tombe à terme dans l'oubli, sauf si les peuples se re-prennent d'amour pour le socialisme.

P.-S. Il reste encore des alternatives comme celle proposée par Deezer, qui misent sur la légalité du flux par opposition à l'interdiction de la copie illicite, en cherchant à rétribuer les auteurs, par le biais de la publicité sur leur site. Mais leurs conditions d'utilisations sont peu claires, et il me semble bien, que pour l'instant, la musique écoutable à partir de Deezer y soit mis en toute illégalité. Si les maisons de production (de musique et de film) sont finalement d'accord pour mettre elles-même leur musique et leurs films sur ce type de supports, alors, peut-être que oui, l'artiste et les ayants droits pourront continuer à être rétribués aussi bien qu'avant. Mais il est fort à parier, qu'une fois le catalogue mondial des films et des musiques (et des livres ?) installé sur un tel support obligeant à regarder des pubs (soit sur le site lui-même, soit sur des modules indépendants et installables sur un autre site), l'échange de fichiers enregistrés à partir des sources pourra recommencer. Ce qui me ramène à ma conclusion.

P.P.-S. Quant au droits moraux de l'auteur (c.f. citation du début de l'article), il me semble que rien ne pourra plus jamais les garantir.