Justice connaissance et communauté - l'idéalisme pragmatique de Socrate
Par Niklaus Vonderflu le quotidien du... mardi, 16 octobre 2007, 13:48 - Pensées - Lien permanent
photo : pingnews.com ici : Procès de Nuremberg : execution du général allemand Anton Dossler.
Ressources : Platon. Gorgias (Traduction, notice et notes d’Émile CHAMBRY)
Platon, Criton (traduction Victor Cousin)
" Quelqu'un qui connaît le juste ne peut commettre d'injustice. "
La vie de Socrate tend à nous faire croire qu'il ne considérait pas les décisions de la justice athénienne comme justes en soi, mais il ne rechigna pas semble-t-il, comme nous le décrit le Criton, à s'y soumettre par justice justement. Ainsi il subordonnait la justice des hommes à l'idée qu'il se faisait de la justice, une justice avec laquelle il semblait avoir quelque acquintance toute particulière.
Mais cette grande proximité, cette immédiateté pourrions-nous dire, était-elle de l'ordre de la connaissance, ou bien existe-t-il proximité plus grande entre une idée et un esprit ? Comment le principe cité plus haut, peut-il valoir en fait et d'abord déjà en droit ?
La justice (l'idée) semble tirer son pouvoir contraignant du fait que ce qui est juste est est considéré comme bon, et que personne ne peut vouloir le mal (pour lui-même).
Mais de deux choses l'une : soit les masochistes sont malheureux, soit Socrate a une idée du bon qui pour certain inclut la douleur.
Mais là encore, nous n'avons pas la pierre de touche qu'il nous faut. car si la douleur est une punition juste alors Socrate est cohérent.
Il me semble pourtant que son idée de la justice prête le flanc de ce côté. Car a bien comprendre Socrate (ou Platon), toute punition est juste pour autant qu'un homme doive être puni. On suppose en effet que si Socrate avait été condamné à boire un verre de lait, il s'y serait soumis avec autant de courage que pour la cigüe, car les hommes y auraient vu eux une punition juste. Ainsi l'idée de justice est elle aussi subordonnée à la justice des hommes de telle sorte que si il est décidé injustement de punir quelqu'un, il est juste toutefois de s'y soumettre.
Voilà qui est étrange mais pas à proprement parler illogique, en tous les cas pas en apparence.
Il semble donc qu'en droit, on ne puisse rien reprocher à l'idée de justice et au principe controversé. Mais en fait ?
Comment être certain d'être juste ? Comment ne pas prendre toute souffrance comme une souffrance juste et donc méritée ?
Le tyran qui selon Socrate court après le plaisir (du pouvoir etc.) et donc rencontre toujours et encore l'insatisfaction, comment le juger injuste et non comme se punissant lui-même justement ? Est-ce parce que la punition doit toujours être choisie explicitement par la communauté ?
Ainsi, le juste de Socrate semble tenir à une distinction de fait, du moins à une distinction que font les hommes en communauté.
Mais alors que veut dire "connaître le juste " ? Pourquoi faut-il être philosophe pour le connaître ?
L'idéalisme Platonicien ne serait-il qu'un pragmatisme posant les mots et les idées comme une limite déterminée par la communauté ? Le philosophe serait-il alors celui qui doit toujours rappeler aux autres et à soi-même le sens induit de ces mots et la logique qui les lie.
Mais alors qu'est-ce que le pragmatisme (immoral) affiché par un Polos ou un Calliclès dans le Gorgias ? Ne se distingue-t-il du précédent que par le fait qu'il prétend connaître l'usage des mots "juste" ou "bon" uniquement par l'usage partial qu'en font certains ou même la majorité et non en droit ?
Etrange problème... qui mérite qu'on y revienne plus d'une fois.

Derniers commentaires