Me revoilà attablé dans ce lieu mythique de ma jeunesse, ce lieu que je revisitais avec amusement lorsque j'en étais assez loin. Que vois-je ? Je vois ces regards familiers, ces expressions de la chair du visage que je reconnais. Je retrouve, me remémore, mais à quoi bon, sinon de me souvenir d'où je viens ? Il y a bien cet homme seul à côté de moi. Cet homme qui est et qui transpire ses pensées. Je l'interrogerais bien. Je le trouve mûr. Mais je n'en ai point envie. Qu'est-ce que cela veut dire ?

Je le relisais aujourd'hui, au sujet de la mauvaise conscience[1]. N'oubliez point d'où elle vient. N'oubliez point l'essence contractuelle de la mémoire et son pendant de torture physique auquel se soumettait celui qui ne respectait pas le contrat de sa volonté. Cela fait bien longtemps que je n'ai point essayé d'oublier, Je veux dire activement; volontairement, même s'il y a sans doute contradiction dans les termes. Je ne trouve pas le centre de gravité de l'objet "oubli". Je ne trouve pas comment et où appliquer son levier.

Que souhaiterais-je donc oublier ? A quoi faut-il décidément que le régime de ma santé propre ne s'habitue plus ? Quelque chose que je choisisse de regarder ou que je choisisse de ne pas regarder ?

P.S. Plus tard dans la soirée, il m'a été suggéré que tout bonheur impliquait de "mettre les mains dans la merde"

Notes

[1] F.Nietzsche, La généalogie de la morale, La "faute" et la "conscience"