Morale d'hiver
Par Niklaus Vonderflu le quotidien du... dimanche, 20 janvier 2008, 15:15 - Journal - Lien permanent
photo : danny.hammontree
ressources : Friedrich Nietzsche, Le crépuscule des idoles, trad. Henri Albert
Quasi éternellement l'hiver me fait retourner à Nietzsche : il me nourrit sans doute de ce cynisme dont je dois faire preuve pour surmonter le nuage épais des contradictions de ma fonction, quand l'environnement n'offre pas de contrepoint.
Je vous le livre en brut :
1. Erreur de la confusion entre la cause et l’effet.
— Il n’y a pas d’erreur plus dangereuse que de confondre l’effet avec la cause : j’appelle cela la véritable perversion de la raison. Néanmoins cette erreur fait partie des plus anciennes et des plus récentes habitudes de l’humanité : elle est même sanctifiée parmi nous, elle porte le nom de « religion » et de « morale ». Toute proposition que formule la religion et la morale renferme cette erreur ; les prêtres et les législateurs moraux sont les promoteurs de cette perversion de raison. Je cite un exemple. Tout le monde connaît le livre du célèbre Cornaro où l’auteur recommande sa diète étroite, comme recette d’une vie longue et heureuse — autant que vertueuse. Bien peu de livres ont été autant lus, et, maintenant encore, en Angleterre, on en imprime chaque année plusieurs milliers d’exemplaires. Je suis persuadé qu’aucun livre (la Bible exceptée, bien entendu) n’a jamais fait autant de mal, n’a jamais raccourci autant d’existences que ce singulier factum qui part d’ailleurs d’une bonne intention. La raison en est une confusion entre l’effet et la cause. Ce brave Italien voyait dans sa diète la cause de sa longévité : tandis que la condition première pour vivre longtemps, l’extraordinaire lenteur dans l’assimilation et la désassimilation, la faible consommation des matières nutritives, étaient en réalité la cause de sa diète. Il n’était pas libre de manger beaucoup ou peu, sa frugalité ne dépendait pas de son « libre arbitre » : il tombait malade dès qu’il mangeait davantage. Non seulement celui qui n’est pas une carpe fait bien de manger suffisamment, mais il en a absolument besoin. Un savant de nos jours, avec sa rapide consommation de force nerveuse, au régime de Cornaro, se ruinerait complètement. Credo experto.[1]
Notes
[1] Friedrich Nietzsche, Le crépuscule des idoles, les quatre grandes erreurs

Commentaires
IDEE DE REGIME
Le cynisme est enfant de peur
Qui prolifère sur les gazons
Bien entretenus
Il disparaît dans le merveilleux
Quand les herbes folles reprennent leurs droits
Et percent le béton des apparences
La peur est sans contrepoint
Elle ne s'affiche en famille
Qu'aux endroits qui la nourrissent
Squatteuse légitime
Avec bail ad vitam
Par tacite reconduction
Mais... Les herbes folles sont ici du printemps ou mieux estivales.
De plus c'est vrai, le cynique l'est en contexte, il doit être vu, entendu.
Est-ce la peur qui l'enfante ?
Difficile, de déceler les trajectoires de la peur, mais vous semblez indiquer que le cynisme s'enfante, et doit donc, comme le veut la métaphore être d'abord en gestation.
De même, on peut supposer qu'après sa naissance, et peut-être une période de dépendance envers la peur, il peut vivre sa vie...
Mais quelle type de mort peut lui être réservée ? Un accident, un suicide, une mort naturelle, infectieuse ? De fatigue ?
De folie ?
http://philosophie.under-globe.net/...
LE CHOIX DES EPEES
Reconnaître l'ennemi
Fut-il d'essence onirique
Est le premier pas
Le cynisme n'est qu'un symptôme
La pudeur en est un autre
Deux branches d'une seule et même racine
Dialectique différente même idée
Couper une branche ne résoud rien
Elle repousse sous un autre aspect
Il est plusieurs formes de guerre
A chacun son style de terrorisme
Tous les moyens sont bons