Eternel retour
Par Niklaus Vonderflu le quotidien du... samedi, 30 août 2008, 22:14 - Pensées - Lien permanent
photo : borya
Se forcer à écrire avais-je préconisé, et cela à l'encontre de l'apparente hiérarchie des priorités.
Qu'y a-t-il encore à dire ? Ne reste-t-il pas tout à faire ? A quels signes reconnaît-on qu'il est temps de penser ? Est-ce lorsque l'action tourne en boucle, lorsque des problèmes similaires, appellent des réponses préparées ? Ou alors, cette pensée que je vise, n'est-elle rien d'autre que l'état mental qui accompagne l'action ?
Il y a fort à parier que les paradoxes sont des signes qui invitent à la pensée. Ainsi, celui de la liberté et du déterminisme : Il semble que nous soyons déterminés socialement en même temps que nous somme libres par définition. N'est-ce point scandaleux ? Est-ce penser que d'essayer de désamorcer ce scandale? Essayons... Ne pourrions nous pas supposer que nous sommes déterminés socialement de façon statistique, mais pas nécessairement, alors que nous sommes libres nécessairement, mais qu'il appert que statistiquement nous n'en avons pas conscience ? Est-ce cela rendre les contraires faux et vrais en même temps ?
Mais que faire de ce résultat ?
Dois-je maintenant voter pour octroyer plus de moyens à la police ou à l'éducation et tout ce qui est supposé déterminer socialement ?
Peut-on déterminer les gens à être libres ? Sûrement pas, rappelait Alain. Mais que veut la gauche ? Réduire les souffrances mesurables? Et la droite ? Inciter à la responsabilité ? Devons-nous comme Descartes et sa morale par provision, mettre le curseur au milieu de sorte à limiter l'erreur? Devons-nous vraiment nous fier à la balance politique pour déterminer ce milieu? Qui peut se prévaloir de savoir distinguer entre les faits et les valeurs?
Bientôt je vais sans doute voter pour interdire la vente de 4x4. Est-ce vider l'océan avec une petite cuillère, ou est-ce peser de son poids d'électeur sur le bouton d'alarme écologique? Qui sait trancher ? Et si personne ne le peut, pourquoi tant de personnes s'irritent-elles ?
Il y a tant d'évidences et tant d'aveugles, qu'il semble nécessaire de mettre l'espoir au grand débarras.
Et si toute cette réflexion n'avait aucun sens? Ou plutôt si son seul sens résidait dans l'action qu'elle doit impliquer?
Est-ce qu'une pensée peut vraiment impliquer une action? Je juge que l'appartement est mal rangé, vais-je me mettre à le ranger? Seulement si je juge que mon appartement doit être rangé. Ceci ne se prouve point, ceci se croit, au mieux, se sent.
Qu'est-ce que je sens?
Je sens que l'autre est similaire, qu'il m'invite implicitement à me reconnaître en lui, mieux à me distinguer par lui. Mais comme je me distingue, j'abandonne tous les rêves de bien commun ou de l'action commune.
Je ne dois donc point faire en sorte de ne point faire à l'autre ce que je ne souhaiterais point qu'on me fasse... Car que sais-je de la façon dont l'autre se distingue?
Je ne dois point agir de telle sorte que je puisse penser que chacun ferait de même...
Je dois simplement agir de telle sorte, que je puisse désirer que mon acte se répète éternellement.
Point d'équilibre la dedans, ou plutôt si, l'équilibre du danseur, mais non de la balance...

Commentaires
Merci pour votre formidable travail.
Je m'intéresse à la philosophie non pas en tant que spécialiste (je suis mathématicien et informaticien), mais pour un intérêt tout à fait égoïste. J'estime que dans ma vie je ne puis passer à côté de la philo, comme je ne peux passer à côté de la musique ou de la cuisine.
Voilà
J'ai une question.
Je lis en ce moment "la Certitude" de Ludwig Wittgenstein. Je vous avoue que je n'y comprends pas grand chose. J'ai l'impression que ce sont les notes prises dans les derniers instants de sa vie. Ce philosophe m'intéresse pourtant. Pourriez vous m'indiquer un ouvrage d'ouverture pour mieux le comprendre ?
merci
Bienvenue Kebir,
Vous avez commencé votre lecture de Wittgenstein avec un livre qui présuppose d'être un peu familier avec la théorie de la connaissance et plus spécialement avec le "problème" de la certitude. Aussi vieux que la philosophie des sceptiques, ce problème résonne violemment au moment au Descartes, par exemple dans son Discours de la Méthode, emploie le doute afin de trouver une vérité indubitable : je doute, donc je pense, donc je suis une chose pensante... Vérité indubitable, sur laquelle il veut fonder tout le savoir.
Je crois que Wittgenstein estimerait que le jeu de langage qu'emploie Descartes pour parvenir à sa vérité est un jeu insensé, car il ne respecte pas la "grammaire logique" de certains mots comme savoir, croire, se tromper etc...
Quel livre vous conseiller alors, sachant que vous êtes mathématicien et informaticien ?
Je pourrais vous conseiller son premier livre, le Tractatus Logico Philosophicus, qui marque, "dit-on", la première periode de Wittgenstein, ou le "premier Wittgenstein", livre assez déconcertant, mais "procédural". Sinon il semble, sans que je l'ai lu, que ses Remarques sur les fondements des mathématiques pourraient être une bonne entrée dans Wittgenstein, sur des sujet qui vous sont peut-être plus familiers.
Enfin, un ouvrage qui peut vous introduire à la philosophie de Wittgenstein, serait Le mythe de l'intériorité de Jacques Bouveresse, qui à bien des endroits commente les aphorismes de De la certitude.
N.B. Le style que l'on trouve dans De la certitude n'est pas un cas isolé chez Wittgenstein, on pourrait même dire que c'est une des signatures de son style de la deuxième période. Courage donc.
P.S. J'ai chez moi quelques articles qui mentionnent quelques thèses de Wittgenstein, dans le cadre de la philosophie des mathématiques. S'il devaient vous intéresser, je pourrais éventuellement vous les transmettre en PDF.