Argent et travail
Par Niklaus Vonderflu le quotidien du... samedi, 11 octobre 2008, 22:47 - Journal - Lien permanent
photo : waɪ.tiː
Suite à ce voyage à Berlin, et les souvenirs allemands qu'il fit remonter, je me suis pris aujourd'hui à relire une histoire de Pumuckl, un petit lutin domestique à la voix criarde habituellement invisible, mais qui s'il reste collé à un objet, comme un pot de glue, devient visible pour celui qui s'en aperçoit et le reste indéfiniment pour lui seul. Je ne m'était pas rendu compte dans ma tendre jeunesse que ce héros de Ellis Kaut donnait l'occasion de penser à des sujet "grave" et même d'"actualité" comme celui de l'argent, mieux de philosopher.
C'est pourquoi je me propose, dans ma naissante série de traduction d'auteurs allemands, de vous faire lire un extrait (le début) d'une histoire de Pumuckl.
Dernière chose, il faut savoir que Pumuckl est devenu visible à "Meister Eder", "Maître Eder" un menuisier qui depuis sa première rencontre avec ce lutin n'a cessé d'en voir de toutes les couleurs en même temps qu'il a développé sa sensibilité et sa conscience, choses peut-être moins bien partagées par ses contemporains aux alentours de son arrière-cour dans Münich.

Pumuckl et l'argent
Pour un Lutin, le monde des hommes est une chose assez difficile et parfois même incompréhensible. Quand par exemple un lutin a besoin de quelque chose, alors il le prend tout simplement. On doit toutefois ajouter qu'il n'a pas besoin de grand chose, pas même au moment où il devient visible comme notre Pumuckl et qu'il a faim. Une cerise est pour lui aussi grosse que l'est pour nous une pomme, et il ne peut manger plus de deux cerises. Une tranche de saucisson représente pour lui autant que pour nous une escalope aussi grande que l'assiette. Et de quoi d'autre a-t-il besoin sinon? En fait rien. Par contre les hommes : des habits, à manger, des meubles et encore beaucoup plus. Où irait-on si chacun s'en emparait quelque part ? Nous devons donc tout acheter, et pour cela, nous avons besoin d'argent.
Mais l'argent est une chose au sujet de laquelle Pumuckl ne s'est jamais fait de soucis au cours de sa vie.
Un jour Maître Eder est allé en ville afin d'acheter une nouvelle blouse de travail, deux paires de chaussettes et des chaussures. Et comme c'est souvent le cas : tout fut plus cher que ce qu'il avait pensé. Il revint ainsi à la maison, déballa ses affaires et dit sur un ton énervé: "j'ai dépensé bien trop d'argent - l'argent ne fait que filer entre les doigts ! "
" Montre, où y'a-t-il quelque chose qui file" demanda Pumuckl en contemplant avec intérêt les mains de Eder. Le menuisier dut rire.
"Ce n'est pas comme tu te le représente(s). J'ai voulu dire: l'argent ne fait que de sortir."
"Alors - alors tu dois justement le faire rentrer!"
"Oui, si c'était si simple Pumuckl."
"Ou - ou alors tu dois fermer la porte très fort, de sorte que l'argent ne puisse pas sortir."
Eder soupirait. "Ca ne sera d'aucune aide. Tout est justement si cher, tout coûte trop cher."
Pumuckl eut sa ride de réflexion. "Je ne te comprends pas, d'abord tu dis que l'argent coule, mais il n'y a nulle part quelque chose qui coule; ensuite tu dis qu'il sort vite, mais en fait rien ne sort, mais tout est seulement cher. Alors - que fait l'argent réellement?"
"Hum - je ne sais pas si un lutin pourrait comprendre cela, mais je veux te l'expliquer : quand l'homme a besoin de quelque chose, à porter ou à manger, alors il doit l'acheter."
"Acheter - aha", dit Pumuckl complètement déconcerté.
"Et quand on achète quelque chose, alors on doit poser de l'argent."
La ride de réflexion de Pumukl s'aplatit : "C'est alors tout simple : Poser de l'argent - même moi je le peux."
"Oui, mais l'argent qu'on pose, on doit d'abord le gagner, et cela par le travail. Donc, quand je travaille, je reçois de l'argent pour ça, et l'argent je dois le donner dans un magasin, et je reçois ce dont j'ai besoin. Comprends-tu cela?"
Pumuckl approuvait de la tête avec ferveur. "Quand tu travailles, tu reçois de l'argent, et quand ..." Soudain ses cheveux emmêlés se levèrent d'indignation. "Mais si moi je travaille!? Je n'ai encore jamais reçu d'argent pour ça. Jamais!" Et tout de suite Pumuckl eu de la pitié pour lui-même: "Ooooh je n'ai encore jamais reçu d'argent pour ça! Jamais! Oooh, Pumuckl a déjà tant travaillé et jamais reçu d'argent! Oooh, je veux aussi avoir de l'argent! Immédiatement!"
"Quand as tu donc travaillé?" demanda Eder étonné.
"Déjà souvent! J'ai fait tomber des clous, caché un rabot, soufflé de la poussière sur les gens, pincé et piqué - Tout ça c'est beauuuucoup de travail. Et pas d'argent! Ooooh pauvre Pumuckl, pas d'argent!"
"Mais tout ça ce n'était pas du travail!"
"Mais qu'était-ce alors?"
"Ben, c'était plutôt un plaisir, un amusement."
"Et il n'y pas d'argent pour de l'amusement?"
"Non."
"Il n'y a donc de l'argent que pour les travaux tristes?"
"Mais non...."Eder chercha ses mots, mais renonça finalement. "Je crois, que tu ne le comprendras quand même pas."
"Mais je veux avoir de l'argent. Poser de l'argent, acheter quelque chose!" insistait Pumuckl.
"Mais que veux-tu donc acheter?"
"J'sais pas. Quelque chose de bien! Sois attentif, je vais immédiatement travailler très tristement pour cela!" Il fit sombrer sa voix jusqu'au basson le plus triste et s'empara du marteau : "Jeter le marteau tristement!" Et l'outil tomba au sol dans un grand vacarme. "Cacher tristement des vis!" Et avec une mine cadavérique il fait rouler deux vis sous un bout de papier.
Eder ne savait pas s'il devait rire ou être touché. "Pumuckl, un travail doit-être utile, pas triste. Viens, laisse tomber - je vais de donner une pièce de dix centimes."
La mine de Pumuckl s'éclaircit.
"On reçoit aussi de l'argent pour arrêter de travailler?"
...

Derniers commentaires