Poker hasard et nécessité
Par Niklaus Vonderflu le quotidien du... mardi, 14 octobre 2008, 00:33 - Lien permanent
photo : Artiii
Règles du Poker en vidéo
Le Poker est un jeu, il n'est pas la vie. Si le Poker devient la vie, sous prétexte que la vie est un jeu aussi, alors on remplace un jeu complexe par un jeu plus simple, mais ceci au détriment de joies et de peines complexes, au profit de joies et de peines plus simples. Cette substitution n'est souhaitable que si l'intensité des joies et des peines est au moins équivalente, ce que l'on peut supposer.
En tant que partie de la vie le Poker est une métaphore, parfois peut-être une analogie. Parier ou bluffer pour croire et tromper, gagner et perdre pour vivre et mourir. La métaphore fait l'hypothèse que tromper est tout aussi nécessaire que croire pour vivre. Se risquer à l'analogie, c'est supposer que le "jeu" de la vie possède réellement des règles qui déterminent complètement le déroulement du jeu. Enfreindre les règles du Poker c'est risquer les peines de la vie. Enfreindre les règles de la vie, c'est quoi?
Il semble que beaucoup croient que le Poker n'est pas un jeu de hasard, car ce n'est pas par hasard si ce sont toujours "les mêmes" qui gagnent les parties entre amis, comme les parties entre professionnels ou amateurs éclairés. Cette croyance à pour elle l'expérience de perdre par sa faute, par analyse rétrospective du jeu. Mais en est-il de même lorsqu'on gagne? On veut sans doute le croire par amour de la symétrie.
Le Poker suppose en tous les cas que beaucoup perdent par leur faute, afin que d'autres gagnent. La question est de savoir si l'on gagne principalement par chance ou par stratégie. Ce qui est certain c'est que parmi ceux qui ne font pas (ou peu) de fautes, certains gagnent plus et d'autres moins. Mais à nombre de fautes égales, comment savoir si la période de mesure des données (par exemple 20 années de parties quotidiennes) est suffisante pour trancher entre le talent et le hasard?
L'équation à résoudre doit prendre en compte la probabilité d'apparition des mains en même temps que la probabilité que ces mains permettent de gagner dans certaines circonstances liée elle-même à la probabilité de réalisation de ces circonstances. Si l'on essaye par exemple de calculer la probabilité de gagner avec deux paires 7799R dans une partie à 3 joueurs dont l'un vient de gagner les trois parties précédentes avec à chaque fois un jeu relativement faible, on y parvient sans doute. Mais combien de circonstances différentes devra-t-on tester, pour se rendre compte que gagner dans la durée est différent de gagner 7 fois et perdre 3 fois à "pile ou face". Dans ce dernier jeu, si l'on a soi-même tiré 10 fois "pile" de suite (1 chance sur 1024), il devient objectivement prudent de parier sur "face". Qui arrivera à déterminer ce qui est un pile ou un face au Poker ?
Pour ma part, je raisonne ainsi, une sortie nocturne entre amis en ville, me coutera régulièrement 50.- ; prenez en 10 pour acheter une bouteille d'alcool et misez les 40 autres dans un Poker entre amis et vous pourrez non seulement choisir la musique, mais aussi vous entendre. On peut bien sûr aussi rester chez soi à lire des livres ou se lover dans son amoureuse, mais ça aussi ce n'est qu'une partie de la vie.

Commentaires
Il n'est pas spécialement prudent de parier sur face après dix piles. C'est égal. FFFFFFFFFFF et FFFFFFFFFFP ont la même probabilité (1/2048), les expériences sont indépendantes.
Certes, la probabilité de tomber sur pile ou face est identique et de même pour chaque suite déterminée, mais si l'on suppose que "pile" constitue à chaque fois un pari gagné, alors la probabilité de gagner 11 fois de suite ne fait pas le poids face à la probabilités de perdre 1 fois sur 11 lancés (11/2048), me semble-t-il.
Je pense que ton raisonement est faux pour la raison suivante.
Certes si tu calcules la probabilité avant de commencer le jeu, la probabilité de perdre une fois sur onze tirages est :
Mais ce qui nous intéresse ci-dessus c'est la probabilité de perdre après avoir vu 10 piles, c'est à dire la probabilité que le prochain tirage soit face sachant qu'il y a eut 10 piles :
La probabilité de F au prochain tirage étant indépendante des dix tirages précédents on a :
dès lors
et le calcul est identique pour p(P | P^10).
L'indépendence des lancers fait que l'historique du jeu ne peut pas te renseigner sur le futur. Le fait qu'il y ait eut 10 piles ne change pas les probabilités d'un face au prochain tirage.
Le comportement sur une durée finie ne peut pas te renseigner, il peut y avoir des anomalies arbitrairement grandes (mais finies), telles que 1000 piles sans que cela n'influence le prochain tirage. C'est le comportement asymptotique qui converge vers les probabilités sous-jacentes (loi des grands nombre).
Note qu'ainsi se fourvoient ceux qui pensent pouvoir gagner au loto en faisant la statistique des tirages.
Merci, tu as raison en effet.
J'ai moi-même succombé à la pompe à intuition de la compensation : "Il faut bien qu'il y ait une justice..." Oui mais seulement à la fin des temps...
Quel passionnant sujet!
Je vais donc également essayer de préciser mon intuition quant au rôle du hasard dans la succession des victoires de certains joueurs au Poker. Je n'arrive pas encore à concevoir une expérience de pensée qui permettrait de trancher la question.
Peut-être que ton accointance avec les bonnes symétries (dont les anacycliques) saurait jeter ses lumières sur ce problème.
quelle importance?
Quelle importance d'être vraiment libre si le sentiment de l'être suffit ? C'est vrai...
N'y a-t-il point de contre attaque sérieuse à ce point de vue ?
P.S. http://www.webdopoker.com/actualite...
tout dépend du point de vue, le point de vue conditionne le reste, sachant que liberté n'est qu'un mot, creux par nature et empli de fantasmagories diverses et variées.
Il me semble que la liberté désigne son contenu lorsque par exemple je choisi de lire plutôt que d'allumer la télévision. Certes, dans ce cas un fataliste pourrait m'expliquer qu'il était nécessaire, au regard de mon histoire (et mon état neuronal par exemple), que je choisisse ceci plutôt que cela. Mais il devra alors aussi expliquer le sentiment de l'effort lié à ce choix, ce sentiment qui n'existe pas lorsque je choisi le citron plutôt que la pistache quand je commande une glace.
Mais là encore ma preuve repose sur un sentiment plutôt que sur la logique ou je ne sais quoi.
Alain aime a rappeler qu'on ne peut déterminer quelqu'un à être libre. Il n'y a point de preuve qui soudain nous ferait admettre que nous sommes réellement libres. Toutes ces pseudo-preuves comprennent un "je" qui est déjà toute la difficulté, en même temps qu'un acte de foi. Dans un sens proche, comme la justice n'existe pas, c'est à nous d'être justes... http://philosophie.under-globe.net/...
et si "la réelle action est non-action et le reste n'est qu'agitation", quid de la liberté dans ce cas?
ceci ramène à la nature de ce "je" en question.
pour la justice, c'est très simple: est considéré comme juste ce que est estimé "bon" ou "conforme à mes intérêts - égotiques -"; tout ce qui va à l'encontre est forcément injuste
de la même manière qu'actuellement, on appelle "droits" des choses qui devraient plutôt être appelées privilèges
Le contenu de la "liberté" tel que j'essayais de le désigner n'a pas forcément à se manifester par un changement "extérieur". Suivant mon précédent exemple, je peux choisir de méditer plutôt que de regarder la télévision. Et là encore, ce choix peut s'accompagner d'un sentiment d'effort, puis de fierté par exemple.
Mais si vous entendez par "non-action" le fait de ne pas choisir, alors il n'y a évidemment pas de liberté au sens entendu, mais plutôt quelque chose comme le fait d'agir par habitude, et inconsciemment, comme marcher ou regarder etc.
Mais peut-être vouliez-vous dire que l'on choisit de ne pas choisir, ou de ne plus choisir. Dans ce cas, il y a au moment de ce choix, l'exercice d'une liberté du type décrit ci-dessus, choix qui dure aussi longtemps que dure la non-action, choix accompagné, sans doute lui aussi d'un sentiment d'effort (agréable ou non).
Si dans ce dernier cas, le reste des activés est compris comme de "l'agitation", il faut peut-être restreindre l'interprétation de la non-action, à celle d'une non-action sur "l'extérieur", comme indiqué dans le paragraphe suivant votre citation, à savoir, une action plus en rapport avec la maxime stoïcienne, selon laquelle les seules choses qui dépendent de nous (sur lesquelles nous exerçons notre liberté) sont "la pensée, l'impulsion, le désir, l'aversion, bref, tout ce en quoi c'est nous qui agissons ; ne dépendent pas de nous le corps, l'argent, la réputation, les charges publiques, tout ce en quoi ce n'est pas nous qui agissons." (Manuel d'Epictète : http://t.m.p.free.fr/textes/le_manu...)
Toutefois, appeler "réelle action" ce type d'action, ne rend sans doute pas justice au terme "action" qui aimerait bien qu'on comprenne sous son sens, le fait de voter, de manger, d'écrire etc. Je suppose que les Stoïciens et courants apparentés (bouddhisme?) seraient d'accords de le nommer ainsi, mais insisteraient sur le fait qu'il ne faut pas espérer que ces actions là atteignent leurs buts (parce qu'elles dépendent de choses qui ne dépendent pas de nous).
Dans ce contexte je joueur de Poker croit que beaucoup dépend de lui, alors qu'en fait peut-être, bien peu dépend de lui (thèse défendue ici).
Quant à la justice, et l'égoïsme qu'elle impliquerait, je ne dis pas que le point de vue présenté par vous n'est pas largement partagé, mais j'ose croire qu'il peut, par un minimum d'empathie, être dépassé au moins par ceux qui sont extérieurs à une décision de justice. Ainsi on peut comprendre, qu'un violeur ne soit pas exécuté, même si l'on n'aime pas les violeurs et que la victime souhaiterait qu'on le tue... Mais il est vrai que considérer la vie comme un privilège et non comme un droit se défend même devant les droits de l'homme. Mais là encore, il s'agit de défendre un point de vue au détriment d'un autre avec le soutien d'une certaine raison (et donc encore une fois d'une certaine justice).
la citation provient de sources bouddhistes.
on peut intégrer dans le terme "action" tout ce qui est du registre du phénoménal, aussi bien au niveau physique qu'au niveau psychique.
néanmoins, "...selon laquelle les seules choses qui dépendent de nous (sur lesquelles nous exerçons notre liberté) sont "la pensée, l'impulsion, le désir,l'aversion, bref, tout ce en quoi c'est nous qui agissons", ceci est loin d'être démontré, n'en déplaise à epictète.
mais, là aussi, on en revient à la nature du "je"