Je veux dire le fantasme, la projection, doivent-ils être soustraits aux poids pesants sur le levier de notre puissance propre, ou bien jouent-ils néanmoins ce rôle de virtuelle rallonge à ce même levier, comme l'espoir pèse dans l'opposition du pessimisme et de l'optimisme, c'est-à-dire comme un "presque rien", une "miette philosophique" qui fait pourtant la différence ?

Le levier de l'action, je le soupçonne n'a point pour but véritable de soulever, d'actualiser quelque possible pré-défini, prêt à se donner "en force" dans l'être. On se satisfait simplement de croire qu'il le pourrait, pendant qu'en fait, dans ses mouvements plus circonstanciés, il joue un tout autre rôle, celui d'un simple rouage dans un équilibre plus général, celui de l'acceptation de ce qui est, en face de quoi tout ce qui (bien que désirable) n'est pas et ne sera probablement jamais, ne compte pas.

Concrètement, ce que je ne fais pas, mais que j'aurais aimé faire; cela n'est-il pas seulement mon "mythe personnel", ce qui devrait être accepté comme ma tache aveugle, ce qui en même temps qu'il m'empêche d'être pleinement, me permet de ne point désespérer ?

Ce sentiment que j'évoquais tout à l'heure, c'est sans doute de cela que doit s'accommoder l'esprit "philosophe". Il plonge dans cette tension, pour en livrer les lois d'équilibre, proposant par là peut-être une éthique, mais surtout croit-il un contre-pouvoir, alors qu'il s'agit peut-être fondamentalement d'une impuissance.

Qu'est-ce que peut la philosophie ? Qu'est ce que peut le philosophe ?

EDIT 26.9.09 : une possible réponse à ces deux questions : Essais III. Wittgenstein & les sortilèges du langage - Jacques Bouveresse :